mardi, 19 décembre 2006

Nox, l'aurore de la Contrelittérature

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 GARNIER-DUGUY-NÉRO 
NOX
 Le Grand Souffle Éditions, 2006
(collection Contrelittérature) 
276 pages, 13, 90 € 
 
 
 
      Garnier-Duguy-Néro, avec ce premier roman, entre en écriture  comme Roberto Mangú, un des plus grands peintres vivants, est entré en peinture, comme on entre en religion. Écrire la peinture ! Ce miracle, encore jamais lu, Nox le réalise en inventant l’écriture à l’huile. Dans un style lumineux qui oblige à lire comme on regarde une icône, le roman se confond avec un tableau de Mangú qui s’exécute littéralement devant nos yeux. La perspective inversée de la narration identifie la lecture à une conversion du regard. Nox retrouve la haute magie opérative des grands récits visionnaires. Ce roman est un attracteur spirituel, l’onction donnée pour la grande guerre sainte de l’âme contre la pensée captive du monde moderne.
     Pour toute grande littérature, l’oeuvre est pure allégorie ; « Every great literature has always been allegorical », disait Chesterton. Il s’agit toujours de l’allégorie de l’âme en quête de sa transfiguration. Dans Nox, la prégnance virile et diurne de l’élément solaire reçoit l’impulsion du féminin céleste, l’ « Étoile » qu’incarne l’héroïne romanesque, la troublante Vida.
     Le personnage du double est une constante  narrative du récit fantastique. C’est le sujet du célèbre roman de Stevenson, Dr Jekyll et Mr Hyde, qui montre la libération du double ténébreux que chacun porte en soi, et qui finit par détruire le héros, après avoir ravagé plusieurs existences. À l’inverse du célèbre roman de Stevenson, c’est le double de lumière du héros qui se révèle dans Nox.
     En peignant, en écrivant, l’artiste est un créateur de doubles ; mais l’œuvre, elle-même, suscite également un double de l’artiste, telle est la théorie du Moi mythique qu’avait développée, en son temps, Boris de Schloezer dans son Introduction à J.-S. Bach (Gallimard, 1949) et qui se trouve ici étrangement réactivée. Par son travail créateur, en œuvrant , l’artiste fait naître et grandir un autre lui-même, l’auteur de l’œuvre qui se détache peu à peu de l’individu. Nox, extraordinaire roman, réalise l’admirable conjonction du peintre, Robert Mangú, et de l’ écrivain, Garnier-Duguy-Néro.
Alain Santacreu 

                                                                                                                                                                                           

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