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lundi, 15 novembre 2010

In memoriam Christian Rangdreul

 

Notre ami Christian Rangdreul est mort le dimanche 14 novembre à Monaco. Compagnon des premiers jours de la contrelittérature, fidèle entre les fidèles, on lira ci-dessous un des nombreux textes qu’il écrivit pour notre revue. Qu'il demeure présent dans notre coeur et nos prières ! Paix à son âme !

 

 

Géopolitique de la Talvera

 

par Christian Rangdreul

 

“ Le bonheur est derrière la charrue ”

Hölderlin

  

Kalachakra.jpg

     Derrière ce que l’on pourrait appeler une géopolitique de l’extérieur, il est une géopolitique de l’intérieur, fort opportunément dénommée “ géopolitique transcendantale ” par Dominique de Roux dans son De Gaulle[1]. Une géopolitique subtile, relevant de cet imaginal mis en lumière par Henry Corbin dans le sillage du grand théosophe iranien Sohravardi (1155-1191).

     La géopolitique transcendantale fait intervenir une faculté intuitive médiane – entre le monde métaphysique et le monde physique – et médiatrice, un tiers monde épistémologique ignoré, de la grande majorité des géopolitologues par parti pris “ rationnel ”, voire rationaliste ; un sens subtil qui investit la géopolitique d’une qualité anagogique lui permettant de transmuter le ternaire politique-espace-géographie en une triade mettant en rapport la métapolitique (politique informée par la métaphysique), l’espace à six directions (où, aux quatre directions planes Orient-Occident/ Septentrion-Midi, sont ajoutées les deux directions axiales Zénith-Nadir, soit l’élévation et la profondeur), et la géographie sacrée (géographie des hiérophanies). Vue ainsi, la géopolitique se montre alors telle qu’elle est vraiment, à savoir une branche particulière, opérative, de la “ science des choses dernières ” : l’eschatologie.

     Depuis l’Incarnation, l’histoire va s’enroulant sur elle-même pour atteindre son oméga transfigurant : la seconde venue, en gloire, du Christ ; et, dans ce mouvement spiroïdal inauguré par le “ Verbe fait chair ”, les États-nations, tout comme les individus, ne sont rien autre que des “ êtres moraux ”, inévitablement écartelés entre “ la pesanteur et la grâce ” (Simone Weil). C’est donc tout naturellement que la géopolitique transcendantale participe, à sa manière et avec ses moyens propres, de ce qui constitue, à travers les conflits terrestres, le combat invisible opposant jusqu’à la parousie la Vérité salvatrice du Verbe aux mensonges du nihilisme et du relativisme modernes. C’est dans cette perspective  que s’insère la “ Géopolitique de la Talvera ”.

  

La Talvera, “ champ-mandala ”

 

  Kalachakra.jpg La Talvera ? Beaucoup de ceux qui n’ont pas lu le bel Avant-Dire qu’Alain Santacreu lui avait consacré dans le douzième numéro de Contrelittérature, où il l’amena de son Occitanie natale pour en faire l’un des concepts-clés du sursaut contrelittéraire, se demanderont sans doute ce que ce terme recouvre. L’auteur du Manifeste Contrelittéraire y écrivait  : “ Les paysans du Midi appellent "Talvera" cette partie du champ cultivé qui reste éternellement vierge – car c’est l’espace où tourne la charrue, à l’extrémité de chaque raie labourée. ” La Talvera semble donc n’être que cette mince bordure de terre non cultivée qui entoure et limite le champ, fait qu’il est ce champ-là et non un autre. Mais la Talvera ne saurait se réduire à une frontière, à une marche. Elle-même n’étant limitée par rien, contenue par rien puisque “ vierge ” de tout labour, la Talvera représente la materia cosmique originelle ; comme celle-ci, elle est pure potentialité en attente du labour-labeur. Par le travail effectué à l’aide de sa charrue – ou aujourd’hui de son tracteur – le paysan crée le champ. Avant que le soc n’ouvre les sillons, le champ en son entier n’est-il pas préalablement et nécessairement Talvera, lieu des possibles dans lequel le labour pourra s’effectuer ? Dans cette perspective, le champ devient le symbole du Cosmos, et le laboureur l’image du Logos créateur et ordonnateur. “ Espace où "tourne" la charrue ” : où elle effectue une révolution, soit, en restant fidèle à l’étymologie du mot, un retour. Retour vers son point de départ, retour-éloignement et éloignement-retour dès lors que la charrue part d’un bord de la Talvera pour se diriger vers celui qui lui est apparemment opposé, mais, en réalité, est le même ! Ainsi : “ Cette notion de "Talvera" représente une des virtualités métaphoriques les plus pures de la contrelittérature – qui est l’espace dialectique du renversement perpétuel du sens, de sa reprise infinie, de son éternel retournement. […] La "Talvera" est le lieu de recouvrance de l’écriture sacrée, de la langue qui s’en retourne à la source. ” Va-et-vient de la charrue et du sens, le “ plus hault sens ” rabelaisien, épousant ainsi le va-et-vient des jours et des saisons, des cycles cosmiques. Perpétuel retour, à chaque instant, vers l’origine, à l’intérieur de ce qu’on pourrait appeler un champ-mandala, tant il est vrai que les sillons sont creusés dans le champ tout comme les figures sont tracées dans un mandala. Champ-mandala singulier, à première vue, dans la mesure où l’on n’y distingue point de centre – le remplissage du champ est constitué de sillons parallèles – alors que la caractéristique première du mandala, figure de l’univers, réside en ce qu’il est constitué d’un centre et d’une périphérie aisément repérables. Singularité relative toutefois, car la Talvera, réduite au premier regard à un mince espace entourant les sillons est en réalité, il faut y insister, l’espace total dans lequel s’effectue le labour ; il n’est point de dualité entre la Talvera et le champ cultivé, celui-ci est la réalisation des virtualités de celle-là. Dès lors, dans cette uni-totalité que représente le champ-mandala, le centre est à l’évidence partout et la périphérie nulle part.

   Ce n’est pourtant pas à l’acception pascalienne bien connue de la formule définissant l’univers : “ Une sphère infinie dont le centre est partout, la circonférence nulle part ” que nous faisons ici allusion, mais à celle qui la précède de plusieurs siècles et en laquelle elle trouve son origine. Dans Les métamorphoses du cercle, Georges Poulet rappelle en effet ceci : “ C’est dans un manuscrit pseudo-hermétique du douzième siècle, "Le Livre des vingt-quatre philosophes" ["Liber XXIV Philosophorum"] que cette phrase ["Deus est sphaera cujus centrum ubique, circumferentia nusquam"] apparaît pour la première fois. Elle est l’une des vingt-quatre définitions de Dieu données par un nombre égal de maîtres en théologie. [2]. Or – et il est particulièrement important de le relever pour bien saisir la perspective qui est celle de la Talvera –, le même auteur ajoute que depuis le "Liber XXIV Philosophorum" jusqu’à l’auteur des célèbres Pensées, une inversion de perspective s’est produite : “ Le grand topos plotinien et médiéval, en étant repris par Pascal, voit se rebrousser sa signification. Au lieu de représenter, comme chez saint Bonaventure, Eckhart ou Ficin, la réalité surnaturelle d’un Dieu qui, étant à la fois partout et par-dessus tout, est simultanément centre et circonférence, il représente au contraire, à l’endroit précis du texte où Pascal l’a placé, la condition de la connaissance humaine, suivant laquelle, en quelque lieu que cette connaissance se situe comme centre, elle se découvre toujours à la même infinie distance de la circonférence du connaissable. [3] Ainsi a-t-on glissé, avec une même définition, d’une approche objective à une approche subjective de Dieu, voie royale conduisant à l’individualisme contemporain. C’est pourquoi Alain Santacreu  fait remarquer que : “ Dans l’extrême oubli de la Talvera, les hommes ont pris la circonférence pour le tout et, portant toujours davantage leur regard vers l’extérieur, ils se sont de plus en plus éloignés du centre de leur origine. ”

   Cette inversion du regard, aliénatrice de la vision, ce décentrement fatal qui a conduit l’homme à devenir un ex-centrique dans un “ monde de farces et attrapes ”[4] (ainsi le lama Chögyam Trungpa qualifiait-il le monde occidental moderne !), cette perte du “ sens de l’éternité ” relevée par René Guénon, ne pouvait évidemment pas ne pas entraîner la littérature dans la misère intérieure qu’elle connaît aujourd’hui. De même que l’homme “ obnubilé par le spectacle ” de la manifestation, constatait le grand métaphysicien hindou Shankara, n’est plus informé par la buddhi (intellect pur, noûs), “ œil du cœur ” seul capable de voir la permanence du Réel-Surréel, le Soi transcendant, derrière l’écorce des choses ; de même, subjuguée par la “ phantaisie ” d’un imaginaire “ humain trop humain ” (Nietzsche), la littérature a-t-elle obstrué les canaux subtils qui la reliaient a un mundus imaginalis qui s’est longtemps exprimé, avec un bonheur rarement égalé par la littérature moderne, dans les mythes, les légendes, les épopées, les chansons de geste, les sagas, les contes et les fables.

 

Grand Jeu et Grand Jeu ! 

 

  Kalachakra.jpg On l’aura donc compris, dans cette “ virtualité métaphorique ” qu’est la Talvera, le littérateur “ réfléchit ” les “ images métaphysiques ” dans le sensorium littéraire tout comme le laboureur ensemence son champ. Chacun à sa manière se fait ainsi  pontifex (constructeur de ponts) au sein de la Grande Triade Ciel-Homme-Terre par une entière coopération à l’œuvre du Père : “ Que Ta volonté soit faite sur la Terre comme au Ciel ! ”.

   “ Sur la Terre comme au Ciel ” et non pas… sur la Mer comme au Ciel ! Dans un très intéressant article paru dans la revue l’Écologiste[5] on peut lire à ce propos que dans le Livre d’Hénoch, texte non canonique mais souvent cité par les premiers Pères de l’Église, il est question d’un “ Grand Serment ” cosmique assurant l’ordre de la Création et confié à la garde de l’Archange Saint Michel. Dans ce texte, la Mer est clairement assimilée aux forces chaotiques destructrices desquelles la Terre est protégée grâce à l’Alliance conclue par le Serment avec le Ciel : “ Par lui, la terre s’est élevée sur les eaux […]. Par ce serment, la mer a été fixée dans ses limites, et sur ses fondements. Il a placé des grains de sable pour l’arrêter au temps de sa fureur ; et jamais elle ne pourra dépasser cette limite. ” L’auteur de l’article, n’omet évidemment pas de rappeler les nombreuses expressions de cette Alliance dans différents endroits de l’Ancien Testament, par exemple après le Déluge, (Gen. 9, 8-11) ou au Sinaï (Ex. 24, 8). Dans les Psaumes, il est fréquemment dit que Dieu assigne des limites à la Mer et le Psaume LXIX commence ainsi : “ Sauve-moi, ô Dieu, car les eaux me sont entrées jusqu’à l’âme ”. Dans le Nouveau Testament, le Christ domine sur la Mer et calme la tempête (Mt 8, 27) ; et lorsque Jean voit la Jérusalem Céleste, s’il y a un Ciel nouveau et une nouvelle Terre, “ de mer, il n’y en a plus. ” (Ap. 21, 1)

   Ainsi, la Terre, et la Talvera donc, de par sa fixité, son immobilité, sa stabilité – “ La terre reste toujours la terre. La terre laisse quiconque s’asseoir sur elle et jamais elle ne cède[6] –, symbolise-t-elle l’impassibilité et la permanence du soi spirituel face au caractère changeant, engloutissant, mouvant et souvent tempétueux de la mer, image, elle, de l’instabilité du mental, des passions déréglées et des pensées versatiles du moi psycho-somatique. Cultiver la Terre de l’âme c’est s’employer à lui rendre sa stabilité intérieure perdue après la Chute, l’apatheia (absence de passion, tranquillité) des Pères du désert réalisée par la maîtrise d’un mental la plupart du temps désordonné, instable, en butte à l’assaut incessant des vagues de l’océan des sollicitations extérieures.

   Dans une perspective qui est celle de “ cherchants ” d’authenticité dans un monde soumis à l’artificiel, cette praxis consistant à garder le cœur de l’être du chaos des passions et des désirs assujettissants, les “ phères simplistes ” René Daumal et Roger-Gilbert Lecomte l’ont, pour leur part et à leur manière, totalement et héroïquement assumée comme Grand Jeu, s’y consumant dans la déchéance sacrificielle des “ poètes maudits ” pour Lecomte, dans une expérience spirituelle “ sauvage ” teintée d’Hindouisme et de gurdjieffisme pour Daumal. “ Le Grand Jeu est irrémédiable. Il ne se joue qu’une fois. Nous voulons le jouer à tous les instants de notre vie. C’est encore à "qui perd gagne"” criaient-ils in deserto à la face des asservis volontaires aux “ illusions du monde ordinaire ” (l’expression est de René Guénon), comme à celle des pré-soixante-huitards surréalistes combattant le rationalisme bourgeois en ouvrant dangereusement les portes d’une infra-rationalité ennemie de la révélation et habilement instrumentalisée quelques décennies plus tard, c’est-à-dire aujourd’hui, par la super-bourgeoisie mondialiste.

   Or, il se trouve que ce Grand Jeu contrelittéraire fut précédé par un autre Grand Jeu, apparamment situé à des années-lumières des préoccupations gnoséo-littéraires de René Daumal et Roger-Gilbert Lecomte, un Grand Jeu géopolitique. C’est en effet Rudyard Kipling qui nomma ainsi la lutte d’influence qui opposait, qui oppose encore, et qui opposera jusqu’à la fin de l’histoire la Thalassocratie – hier l’Angleterre, aujourd’hui les États-Unis – et la Tellurocratie – la Russie – pour le contrôle de l’Asie centrale, cœur avec la Sibérie de l’ “ Île du Monde ”, la “ plus grande île ”, à savoir le bloc Eurasie-Afrique.

   L’enjeu final de ce Grand Jeu a été postulé au tout début du XXpar le géographe anglais Halford Mackinder : “ Qui contrôle le "Hearthland" contrôle l’Ile du monde, qui contrôle l’Ile du monde contrôle le Monde ”[8]. Quant au grand juriste et politologue allemand Carl Schmitt il ne manqua pas de rappeler en 1959 dans Terre et Mer ce second axiome de la géopolitique et de la géostratégie : “ L’histoire mondiale est l’histoire de la lutte des puissances maritimes contre les puissances continentales et des puissances continentales contre les puissances maritimes ”[9]. 

   Ainsi la géopolitique rejoint-elle, avec ce concept de Hearthland, “ citadelle de la puissance terrestre ” – il n’est qu’à regarder une carte du monde pour constater que cette “ zone pivot ” représente une masse continentale à laquelle nulle autre n’est comparable – une idée traditionnelle universelle nommée elle aussi “ Cœur du Monde ”[10], “ Terre sainte ” cachée, désignée dans la Chrétienté médiévale comme “ Royaume du Prêtre Jean ” et située en Asie centrale, tout comme le Royaume de Shambhala du Bouddhisme tibéto-mongol.

   Kalachakra.jpgIl paraît alors évident que le concept géopolitique de Hearthland et l’idée spirituelle de “ Cœur du monde ” – débarrassée de ses scories occultistes et new-âge –, sont une seule et même chose que seul le degré d’acuité du regard rend différents. Celui de la géopolitique extérieure ne voit dans le Hearthland que le pôle géostratégique du monde, point de vue horizontal mais déjà fort important car constituant une clé sans laquelle il est difficile de comprendre à sa juste mesure la nature des grands enjeux internationaux. Alors que celui de la géopolitique transcendantale, loin d’exclure le précédent, l’intègre dans une perspective globale, à la fois horizontale et verticale, y voyant le pôle d’une géographie imaginale telle que celle mise en lumière par Henry Corbin dans Corps spirituel et Terre céleste.[11]

   Dans cette Imago Terræ du mazdéisme revisitée par Sohravardi et l’Islam shî’ite, la Terre n’est alors rien moins qu’un Ange féminin, Spenta Armaiti, assimilable sur bien des points à notre Sophia : “ Nous célébrons cette liturgie en l’honneur de la Terre qui est un Ange ” peut-on lire dans l’Avesta[12] ; un “ lieu ” théophanique baigné de Xvarnah, la “ Lumière-de-Gloire ”. Le Hearthland géopolitique, vu avec les yeux de l’imaginal, devient alors, dans la perspective de la géopolitique transcendantale, le lieu hiérogéographique par excellence, un lieu géosophique central, archétype du monde intermédiaire entre le monde sensible et le monde spirituel “ par lequel se corporalisent les esprits et par lequel se spiritualisent les corps ” (18), monde “ situant ” plus que situé, exprimant “ le mystère "sophianique" de la Terre ” tout autant que celui de l’homme, et objet d’un enjeu relevant d’une hiérohistoire qui voit s’affronter l’ “ Orient des Lumières ” et le “ monde sublunaire ” de l’“ exil occidental ”  – les “ doctrines des Sages de la Perse ” concernent en effet “ les Principes de la Lumière et des Ténèbres ”[13]. Combat eschatologique qui se joue aussi en chaque créature humaine : “ Comme pensée parfaite, pensée de quiétude et de douceur, Imagination méditante et Méditation silencieuse, l’Archange Spenta Armaiti a pour antagoniste l’archidémon Taromati (pensée déréglée, violence, tumulte, oppression). […] Dans l’énergie vitale de l’être humain, il est une Pensée : là siège Spenta Aramaiti. […] La méditation ou pensée parfaite est l’organe qui engendre le Moi céleste. […] La forme sophianique de la piété mazdéenne envers l’Ange de la Terre tend donc finalement à faire éclore à la conscience cette forme imaginale qui est la présence secrète de l’Éternellement-féminin dans l’homme.[14]

   Le Grand Jeu des “ phrères simpliste ” et le Grand Jeu géopolitique transcendantal et  visionnaire expriment donc une même réalité. À la stabilité de l’esprit correspond celle du Hearthland et des puissances de la Terre (Tellurocraties) ; à l’instabilité du mental et de la psyché correspond celle des Outlands (en géopolitique ce terme désigne les “ îles extérieures ” : Amériques et Australie) et des puissances de la Mer (Thalassocraties).  D’un côté, les sociétés organiques enracinées dans la culture de la terre et de l’esprit : “ Ce que la terre m’a donné de plus pur, j’ai senti que cela me venait de plus loin que la terre ”  (Gustave Thibon)[15] ; de l’autre les sociétés technicistes soumises à la finance et à l’Internationale du Marché planétaire libéral-libertaire. D’un côté le parti de Dieu, de l’autre le parti de Mammon entre lesquels il nous est clairement demandé de choisir (Mat. 6, 24).

   Ainsi se fait-il que la géopolitique de la Talvera est une géopolitique du Hearthland intériorisé, imaginal, lieu in medio mundi alchimique, athanor où la littera, pour devenir ce qu’elle est et ne pas rester “ lettre morte ”, doit être éprouvée au feu du spiritus afin d’y être transmutée, transfigurée. Épreuve semblable à celle de la mise en terre du grain dans le creux du sillon ouvert par le soc de la charrue, et sans laquelle le grain ne peut renaître sous forme de plante. Mystère, partout et en tous, de l’épreuve, de la mort et de la résurrection, révélé une fois pour toutes en Judée, à l’Orient de l’Empire romain.

 

(Ce texte est paru dans Contrelittérature n° 17, Hiver 2006).

 

 NOTES :

NOTES :
1. Dominique de Roux, De Gaulle, Éditions Universitaires, 1967.

[2]. Georges Poulet, Les métamorphoses du cercle, Flammarion, 1979, p. 25.

[3]. Ibid., p. 102.

[4]. Chögyam Trungpa, Shambhala. La voie sacrée du guerrier, éd. du Seuil, 1990, p. 44.

[5]. Margaret Barker, Hénoch et le péché cosmique, in  l’Écologiste n° spécial “ Religions et écologie ”, février 2003.

[6]. Henry Corbin, Corps spirituel et Terre céleste, Buchet/Chastel, 2005.

[7]. Roger-Gilbert Lecomte, Avant-propos au premier numéro du Grand Jeu, n° 1, 1928, in Michel Random, Le Grand Jeu, vol. II, éd. Denoël, 1970, p. 43.

[8]. “ Mackinder a bien mis  en lumière l’enjeu géopolitique central du conflit [la Seconde Guerre mondiale] : le contrôle du hearthland, du cœur du monde ” remarque P. Moreau Defarge, op. cit., p. 48.

[9]. Carl Schmitt, Terre et Mer, introduction et postface de Julien Freund, éd. du Labyrinthe, 1985, p. 23.

[10]. Le symbolisme du “ centre ” et du “ cœur ” ont fait l’objet, de la part de René Guénon, de remarquables articles regroupés dans Symboles fondamentaux de la Science sacrée, chap. VIII à  XVII et LXIX à LXXV, Gallimard, 1980.

[11]. Henry Corbin, Corps spirituel et Terre céleste, op. cit. pp. 60-61.

[12]. Ibid. p. 31.

[13]. Ibid. p. 109.

[14]. Henry Corbin, Histoire de la philosophie islamique, Gallimard, 1968, p. 291.

[15]. In Christian Chabanis, Gustave Thibon, témoin de la lumière, Beauchesne, pp. 128-129.