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dimanche, 27 mai 2018

"Opera Palas" d'Alain Santacreu, aux éditions Alexipharmaque

 

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ALAIN SANTACREU

OPERA PALAS

  ÉDITIONS ALEXIPHARMAQUE

300 pages, 19 € 

  

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Un voile de crimes, de censures et de calomnies a été tendu, tant par la droite – fasciste ou libérale – que par la gauche – communiste ou socialiste – pour cacher un de ces rares moments dans l’histoire de l’humanité où l’on a vu un peuple prendre le contrôle de sa propre vie.
                                          Alain Santacreu, Opera Palas, p. 162.

 

Parce que l’Histoire s’est arrêtée en 1936, au début de la guerre civile d’Espagne, comme l’a affirmé George Orwell, nous sommes depuis maintenus dans la terreur de la fiction. Telle est donc la seule perspective romanesque possible : extraire le roman de sa propre mythologie terroriste pour le replacer dans l’Histoire.
Véritable machine contre-littéraire inspirée du Grand Verre de Marcel Duchamp, Opera Palas convie le lecteur à cette opération cathartique de libération romanesque, processus alchimique à la fois social et individuel ; car, de même que, selon Duchamp, « le regardeur fait le tableau », c’est le lecteur qui fait le roman.

  

 

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  AVERTISSEMENT   

« Ne recherche pas qui a dit cela, mais prends garde à ce qui est dit. » (Sénèque, Lettres à Lucilius, XII)
La littérature et l’art en général équivalent à un chèque bancaire : leur valeur dépend de l’auteur. C’est ce que Marcel Duchamp a magistralement démontré avec ses ready-made. Ezra Pound explicite cela très clairement dans son ABC de la lecture lorsqu’il fait remarquer que si Mr Rockefeller signe un chèque d’un million de dollars, c’est Mr Rockefeller qui est signifié ; mais, si Mr Pound signe un chèque de la même somme, c'est une blague. Pour lire Opera Palas, il faut déjà être sensible à l'humour de M. Pound.

 


 

 

 Opera Palas repose sur la distinction faite par Marcel Duchamp entre le monde de l’apparence et celui de l’apparition. Le lieu de l’apparition est le roman.

 La thématique est donnée par le Grand Verre de Marcel Duchamp (La mariée mise à nu par ses célibataires, même). Les personnages sont apparemment historiques : Marcel Duchamp, Jerzy Grotowski, Karol Wotyla (Jean-Paul II), Raymond Abellio, Jiddhu Krishnamurti, Antonin Artaud, Jean de Cronstadt, etc. Le seul personnage totalement fictif serait peut-être le narrateur (mais est-il vraiment fictif ou est-ce précisément le seul personnage réel ?)

  Le roman semble être une quête de sa propre identité romanesque : qu'elle est sa perspective ? Le dépouillement du je narrateur, à travers une forme d’alchimie sociale (celle que Fulcanelli nomme "Alchimie du verre") est rythmé sur les 27 lettres de l’alephbeth hébraïque. Les grands thèmes se structurent selon le modèle antagoniste des deux panneaux du Grand Verre (Les célibataires et la Mariée). Ainsi en est-il de la thématique du sionisme : le sionisme dialogique de Martin Buber est mis en perspective avec le sionisme autoritaire de Jabotinsky. Autre thème, la Guerre d’Espagne : la révolution sociale anarchiste est mise « en miroir » avec la révolution bolchévique. Le Grand Verre lui-même est mis en perspective avec un tableau de Paolo Uccello intitulé Chasse nocturne. Un des thèmes fondamentaux est la prise de conscience d’un "slavophilisme espagnol", dans la lignée d’Alexis Khomiakov qui, selon le roman, se serait réalisé en Espagne durant la guerre de 1936-39. Cette guerre marque la fin de l’histoire, selon le narrateur qui se réfère à une phrase de George Orwell, véritable pivot-leitmotiv du roman.

 La perspective romanesque se révèle un parcours initiatique par lequel le lecteur-narrateur s’extrait de la matrice idéologique qui nous enfante. Un roman "philosophique" dans la lignée des grandes avant-gardes esthético-politiques du siècle dernier.

 

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