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samedi, 01 février 2014

La poésie résurrectionnelle de Gwen Garnier-Duguy

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Gwen Garnier Duguy

LE CORPS DU MONDE

Éditions de Corlevour, 2013

123 pages, 18 €

 

 

     À partir de 2006, Gwen Garnier-Duguy, après avoir écrit Nox, roman-phare de la contrelittérature, a choisi de se consacrer entièrement à la poésie. Il a fondé avec Matthieu Baumier le magazine poétique Recours au Poème. En 2011, son premier livre de poésie, Danse sur le territoire. Amorce de la parole, fut un émerveillement. Son deuxième recueil, Le Corps du Monde, paru aux éditions Corlevour, l’impose aujourd’hui comme l’une des voix les plus importantes de la poésie française contemporaine.

     Le poète Pascal Boulanger, dans sa lumineuse préface, a souligné la figure structurante de « la rose des vents » dans la composition du livre. En effet, sur les sept parties qui constituent l’opus, quatre portent ce titre, seulement différenciées par les vents correspondant aux points cardinaux : du Nord à l’Est, de la Tramontane au Levant, en passant par l’Ouest et le Sud, du Ponant au Marin.

     Cette figure ritualise l’espace de l’écriture et ouvre la perspective d’une cartographie de la lecture. Le poème devient orientation, sens sinistrogyre d’une pérégrination initiatique qui dessine la circularité tridimensionnelle du « Corps », dimension architectonique et clef poétique du livre.                

     Depuis l’Antiquité, la rose des vents fut utilisée par les marins pour se repérer et naviguer. En Méditerranée, sur les boussoles, la Tramontane était représentée par la lettre T dont la graphie suggère la croix. Il est donc significatif que le poème initial de la séquence d’ouverture, « La rose des vents. Tramontane », évoque la descente christique de la croix :

 

Le Christ décloué

 pour Jean Maison

 je viens te déclouer

Le silence initial

a descellé mes lèvres

Tu descends de la croix

Je crache les clefs comme des poèmes

Elles s’enfoncent dans la terre

et deviendront des passiflores

butinées par des abeilles en mal d’amour

En dessous les racines trament

le solstice des profondeurs

aimantées par tes pas en marche sur la vie

 

Il aurait fallu te dissoudre dans l’oubli

ne plus apparaître à la mémoire de l’homme

Et te voici

chevillé au corps du monde

 

     On mesure l’extrême subtilité de la composition de cet ouvrage, la finesse de sa construction liturgique. Poésie de lumière, passage  perspectif de la troisième à la quatrième dimension, du Corps à l’Âme du monde, de la Tramontane au Levant. Le poème final de la dernière séquence, « La rose des vents. Levant », aborde le rivage de la réelle présence, la révélation résurrectionnelle dans la clarté du visage aimé :

 

 

Corps Présent

pour Matthieu Baumier

 

Il n’y a pas de corps dans la tombe

Il n’y a pas de roi sur la croix

Ma tête est planète bleue

Tes pas remontent le temps

Depuis ma tempe d’Occident

Jusqu’à la tempe du Levant

Tu es l’esprit blanc

Et le visage d’une femme

Sur la dentelle blanche de ta présence

A sauvé mon cœur

 

     Lire la poésie de Gwen Garnier-Duguy est une praxis communielle, un acte de purification. Voilà un poète qu’il nous faut lire par nécessité  d'être, comme par le Verbe obligé.

    Alain Santacreu