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mardi, 12 juillet 2016

Progreso Marin (1944-2016) : tant que notre mémoire durera...

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   Progreso Marin, poète et historien nous a quittés, le mardi 5 juillet 2016. Natif de Toulouse, fils de réfugiés républicains espagnols, il avait consacré de nombreux ouvrages à la mémoire de l'exil : Dolores, une vie pour la liberté, Nouvelles Éditions Loubatières, 2002 ; Exil : témoignages sur la guerre d’Espagne, Nouvelles Éditions Loubatières, 2005 ; 1936 : luttes sociales dans le Midi (avec Violette Marcos), Nouvelles Éditions Loubatières, 2006 ; Exilés espagnols : la mémoire à vif, Éditions Loubatières, 2008. Dans ce dernier livre, il a donné un portrait émouvant de mon oncle, Ramon Puig, que l’on peut lire sur ce site : Cow-boy du savoir.
   Progreso Marin était aussi l’auteur de deux recueils de poésie, Écluses et Herbiers des jours, publiés aux éditions N&B. Plusieurs de ses poèmes inédits sont parus dans les revues Encres Vives et L’en-je lacanien dont celui-ci, intitulé « Ça a duré si peu » :


J’aurai vécu
L’espace
De cette encoche
Dans l’écorce 
Du temps.
Dans ce trait
Furtif
Passions
Doutes
Erreurs.
Petit trait
Noir
Que la mousse
Va recouvrir
Dedans
Mon sang.
Ma sueur
Mes élans
Qui tapent
Aux tempes
Avec la violence
De l’unique.
Je suis un fruit
D’arrière-saison
Qui a failli
Ne pas voir
Le jour.

Octobre 2005, 

Progreso Marin, « Ça a duré si peu », L'en-je lacanien, 2005.

 

 

   Je mets en ligne le très beau documentaire réalisé par mon ami Francis Lapeyre : El camino de la libertad. Marche, marche sur ce chemin, Progreso  Marin, tant que notre mémoire durera...


   « Progreso Marin, je t'ai rencontré  à Toulouse lors d'un tournage d'un documentaire réalisé par Émile Navarro sur la mémoire des républicains espagnols et tout de suite le courant est bien passé. Tu nous a parlé de ton père et surtout de ta mère. Ensuite nous nous sommes vu à Paris, à la librairie espagnole où tu dédicaçais le livre sur ta mère, Dolores, une vie pour la liberté. Puis nous nous sommes revus quelquefois, entre autres sur El camino de la libertad, pas souvent, mais des rencontres toujours  chaleureuses. Ce que je retiens de toi c'est ton franc-parler, ton engagement sans concessions et une belle écriture. Mais je ressentais chaque fois en toi une grande souffrance, quelque chose qui ne passait pas !  
   C'est avec tristesse que j'ai appris ta disparition et je te comprends. Tu avais un tel amour de la liberté !
   Sans doute une pensée vers toi m'effleurera de temps en temps, surtout lors de projections sur la guerre d'Espagne.
   Sincère amitié pour l'au delà. » 

Francis Lapeyre

 

 

mardi, 26 mars 2013

Cow-boy du savoir

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Au fond de ma rétine, de gros sourcils noirs, épais, et des poches de vêtements bourrées de livres avec un journal qui dépasse, tel m'apparaît Ramon Puig.

Ouvrier vernisseur, il a dû offrir des livres à la moitié de Toulouse. Et pas au hasard. " Tiens, j'ai quelque chose pour toi..." Il tirait de ses poches pleines comme des sacoches de bicyclette, un volume, de la psychologie, un essai, un roman, des poèmes. Il furetait chez les libraires pour trouver ce qui convenait à chacun. Il se ruinait en livres...

Souvent, à la mort de personnes qu'on estime, des regrets assaillent. Je m'en veux encore de ne pas l'avoir davantage visité, lors de la maladie qui devait l'emporter.

Depuis, à la moindre occasion, j'évoque avec tendresse, sa personnalité. Je n'oublie pas son cadeau de mariage : L'Histoire de l'art, d'Elie Faure, reliée de ses propres mains. Je n'oublie pas qu'il fut le premier à me faire éditer : La pensée politique d'Albert Camus, mon mémoire de maîtrise universitaire.

La vie ne l'avait pas épargné, avec la mort d'une fille en bas âge, mais son humanisme l'avait aidé à traverser toutes ses tragédies de la guerre d'Espagne durant laquelle il avait été maire de Ripoll. Il vivait avec sa vieille mère dans un tout petit appartement, sans confort, comme la plupart dans les années 1950.

Quand j'emprunte cette route de Blagnac à Toulouse, la maigre silhouette de sa mère, derrière les carreaux, se dessine.

Je le revois, lui, à la descente de l'autobus numéro 1, qui effectue encore aujourd'hui le tour de Toulouse, veste et pardessus déformés par le poids des livres. Cela lui donnait l'allure d'un cow-boy du savoir, avec toujours un livre prêt à dégainer... Marche, marche sous ces platanes tant que ma mémoire durera.

Progreso Marin, Exilés espagnols : la mémoire à vif, Loubatières, 2008.