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mardi, 06 décembre 2016

Abellio/Parvulesco/De Roux

 

Le roman du neuvième jour

par Stéphane Chalandon

 

Les 3.jpg

 

Un première version anglaise de cet article, traduit par Philip Coppens, est parue dans la revue australienne New Dawn (n°111, 2008) sous le titre « French Visions for a New Europe ». Je me suis permis d’intervenir sous forme de notes (AS = Alain Santacreu) chaque fois qu’il m’a semblé intéressant de compléter quelque peu le texte de l’auteur.

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   Voilà un sujet particulièrement inactuel. Les auteurs que je vais évoquer plus loin sont peu goûtés par le grand public. À qui la faute ? C’est au purgatoire des Lettres que repose désormais Raymond Abellio, les éditeurs de Jean Parvulesco sont de plus en plus confidentiels [1], quant à Dominique de Roux son style obscur [2] ne lui a jamais fait gagner les faveurs d’un lectorat très étendu. Tant mieux ou tant pis, beaucoup de lecteurs ont plus besoin d’être bercés, d’être confortés dans leurs erreurs que d’être ébranlés, éveillés. D'ailleurs, la plupart des critiques littéraires ne disposent pas des clés intellectuelles nécessaires pour décrypter de telles œuvres, comme le disait Abellio : « leurs clés n’ouvrent que leurs propres portes ».
  Abellio-BNF.jpg Raymond Abellio est le pseudonyme du toulousain Georges Soulès (1907-1986). Ce polytechnicien a commencé une carrière politique très à gauche au sein du trotskisme pour rejoindre, par la suite, le gouvernement socialiste de « Front populaire ».

   Après 1940, à peine libéré d’un camp de prisonniers, il rejoint la collaboration avec l’Allemagne et, en 1942, devient le leader du MSR (Mouvement Social Révolutionnaire), après l’assassinat  particulièrement obscur de son chef, Eugène Deloncle, un ancien de la Cagoule [mouvement terroriste d’extrême droite des années 30, nommé ainsi par dérision pour le mystère dont il s’entourait ]. Condamné à la Libération, il sera acquitté grâce à l’intervention du Général de Bénouville qu’il n’aura pas oublié quarante ans plus tard (cf. dédicace). 


Dédicace à Bénouville.jpg


   Polytechnicien, Soulès-Abellio serait suspecté de « synarchisme ». L’existence d’un tel mouvement de technocrates activistes politiques clandestins est très sujet à caution… son action politique a alors été particulièrement subtile voire utopiste (ou « synarchique » si l’on veut). Il chercha en effet à « doubler » les événements en cours ( le futur clivage de la « Guerre froide ») afin de réunir les meilleurs éléments des différents camps en lutte. Il eut même semble-t-il des contacts avec la Russie soviétique et le dessein de créer l’ébauche d’un grand empire eurasiatique allant de l’Atlantique au Japon, projet repris aujourd’hui par le romancier et théoricien Jean Parvulesco. Il était alors ce qu’il nommera plus tard dans ses romans, un « homme de puissance », mais tout changea lorsqu’il rencontra l'énigmatique Pierre de Combas, ésotériste, voire gourou, qui deviendra un personnage du roman Heureux les pacifiques (1948).
   Combas fit de Soulès, « homme de puissance », un « homme de connaissance » qui prendrait le pseudonyme d’Abellio (l’Apollon pyrénéen). Ésotériste et romancier, Abellio a été et reste très mal vu par le petit monde de l’ésotérisme traditionnel : en effet, il n’a pas hésité à réviser la sacro-sainte kabbale juive dès 1950 avec Charles Hirsch, en publiant un livre qui deviendra plus tard, en 1984, revu et corrigé : Introduction à une théorie des nombres bibliques. Essai de numérologie kabbalistique.
   Le « système » d’Abellio est complexe, le résumer en peu de mots est pour le moins  périlleux ! Disons qu’ à l’instar d’Aleister Crowley, il a voulu désocculter l’occultisme (voir son essai La fin de l’ésotérisme, 1973), travaillant à une conversion de la science. Ses grandes connaissances scientifiques lui permirent d’établir des ponts entre science et ésotérisme, entre les 64 hexagrammes du Yi-King et les 64 codons de l’ADN par exemple, ou bien de souligner la correspondance parfaite existant entre le nombre de lettres de l’alphabet hébraïque et celui des polygones réguliers qui peuvent être inscrits dans un cercle. Le plus célèbre de ses ouvrages théoriques reste La Structure absolue (1965) qui a fait de lui un héritier du philosophe de la phénoménologie, l’allemand Husserl. Il est peut être aussi, grâce à cette « Structure », un des héritiers du créateur de la synarchie, le Marquis Saint-Yves d’Alveydre qui, d'abord guidé puis finalement lâché par ses instructeurs hindous, élabora son fameux « Archéomètre » (on notera que Saint-Yves est fréquemment évoqué par le romancier Jean Parvulesco). On peut dire que la Structure absolue est l’Archéomètre d’Abellio qui a su la faire évoluer du cercle à la sphère. La Structure de Raymond Abellio est sphérique, et je m’avancerai beaucoup (mais, après tout, pourquoi pas ?) en la rapprochant de la sphère dite « psychone » ou « atome de vie » de l’ « idéaliste scientifique » Charles Henry dont les théories inspirèrent, au début du XXe siècle, les peintres post-impressionnistes comme Georges Seurat. Alors, Alveydre + Henry = Abellio ?
   Philosophe novateur, il dépasse la dualité sujet-objet pour une quaternité (corps-œil-monde-objet) horizontale et centrée sur la Conscience (point zéro) qui évolue vers le bas par la Quantité (science) et vers le haut par la Qualité (connaissance), ce qui lui donne une croix à 6 branches (la croix « hypercubique » de Salvador Dali), véritable structure non figée qui permet de présenter tous les problèmes ontologiques et spirituels en termes dynamiques.
   Grand lecteur de la Bible, Abellio décrit les étapes d’évolution des civilisations en termes chrétiens : naissance, baptême, communion, etc… On relève déjà dans son ouvrage de 1947, Vers un nouveau prophétisme. Essai sur la notion politique du sacré et la situation de Lucifer dans le monde moderne, la notion de sa  Structure, puisqu’il écrivait : « pas plus qu’aucun être, l’homme n’est une addition, une juxtaposition d’Esprit et de Matière, mais un accumulateur et un transformateur énergétiques, d’une puissance variable selon les individus, et capable de faire passer sa quantité d’énergie d’un niveau de qualité à un autre, vers le haut ou vers le bas ». Astrologue également, et grand analyste de l’ « histoire invisible » (tout comme Jean Parvulesco, et comme jadis Honoré de Balzac ) il a prédit la chute de l’URSS en 1989 dans un entretien avec Alain de Benoist publié dans le quatrième numéro de la revue Krisis, ainsi que la montée en force de la Chine dont il qualifiait le marxisme de « luciférien » ce qui ne doit pas être entendu, bien sûr, dans un sens moral. Selon lui, le matérialisme chinois doit être intégré dans les termes de la Structure absolue en opposition au matérialisme individualiste et « satanique » des États-Unis. Il prévoyait pour le XXe siècle et au-delà le conflit entre ce marxisme-là et l’individualisme occidental. Va-t-il en résulter ce « communisme sacerdotal » que les héros–terroristes de ses romans cherchent à mettre en place ?
   Pour Abellio, l’essai philosophique est de l’ordre du fruit et le roman de l’ordre du germe, c'est-à-dire que le romancier évolue en même temps que ses personnages. C’est pourquoi sa production romanesque est très étalée dans le temps et correspond à son évolution propre : Heureux les pacifiques, 1946 ; Les yeux d’Ezéchiel sont ouverts, 1949 ; La fosse de Babel, 1962 ; Visages immobiles, 1986.
   Abellio disait que les trois premiers, dont les titres sont empruntés à la Bible, étaient des « romans d’apprentissage » dans lesquels le héros évoluait ; quant au dernier, il était pour lui « celui du compagnon qui essaye de devenir maître ».
   Le romancier est selon lui avant tout philosophe, son but est de transcender l’anecdote pour arriver au concept. Ses romans sont formés de réflexions mises en situation, car pour lui il s’agit plus de convaincre que de séduire, il écrit les romans de l’homme intérieur qui décrivent l’évolution intellectuelle de celui-ci et les nomme « romans du huitième jour », ce qu’il faut entendre au sens biblique bien entendu : les sept premiers jours ont été ceux de la création, le huit!ème étant celui de la transfiguration. Dans ses Entretiens avec Jean-Pierre Lombard, il déclarait que « le caractère linéaire du déroulement de la phrase et par conséquent sa durée sont en contradiction avec l’instantanéité de certains états que l’on a tendance à considérer comme supérieurs, car tout ce qui est essentiel, dans la vie, n’apparaît que dans la suspension du temps » ( on verra plus loin que les romans de Jean Parvulesco ne sont peut-être pas loin d’atteindre ce but ). Son objectif consiste à dépasser l’histoire linéaire pour une histoire sphérique où passé et futur interagissent sur le présent. Pour Abellio l’histoire est sphérique, il s’oppose en cela à la représentation classique de l’Histoire ainsi qu’à la représentation cyclique de l’Inde ou de l’ésotérisme. L’histoire circulaire n’étant en fin de compte pas très différente de l’Histoire linéaire. Il a influencé en cela le philosophe Alain de Benoist qui récuse le fatalisme cyclique et pense que l’histoire peut toujours rebondir.
   Le lecteur des romans d’Abellio ne doit pas être passif, mais il doit vivre et écrire le roman en même temps qu’il le lit. Il n’empêche que ses romans, s’ils mettent en scène des personnages d’une intelligence hors norme ( « en tant que héros de roman, le garçon de café de Sartre ne m’intéresse pas » ), n’en sont pas pour autant dépourvus d’action. Le théâtre en est la Grande Politique mondiale, on peut parler alors de Métapolitique. Son « meilleur » roman est, selon moi, La fosse de Babel qui met en scène des intellectuels dégagés de toutes idéologies et de tous scrupules et engagés dans la lutte terroriste à grande échelle. Cette rhétorique sera reprise en 1986, dans Visages immobiles, où le principal personnage tentera d’empoisonner la population de New York en utilisant les travaux de forage d’un architecte particulièrement illuminé chargé de construire dans des gouffres creusés sous Manhattan une contre-ville, sorte d’Agartha, réservée à une élite. Ce dernier roman a été minutieusement étudié par Jean Parvulesco dans son essai : Le soleil rouge de Raymond Abellio (1987).
   Raymond Abellio peut être qualifié de néo-gnostique, il est l’auteur d’Approches de la nouvelle gnose (1986) et de Manifeste de la nouvelle gnose (posthume, 1989). Ce natif de l’Occitanie est également l’auteur d’une pièce de théâtre intitulée Montségur (1983). De manière plus dissimulée, on remarquera que l’héroïne de son dernier roman Visages immobiles se prénomme Hélène comme la compagne du gnostique Simon le mage. À la fin du roman, elle périra, emportée au cœur de la terre par un fleuve souterrain, roulant furieusement sous Manhattan ( il faut se souvenir que, pour Simon le Mage, sa compagne était la personnification de la Lumière enfermée dans la matière par le mauvais démiurge). On peut avancer que cet ultime roman, comme la fin de la vie d’Abellio, est marqué par l’échec : Hélène-Sophia-Lumière est prisonnière de la matière, quant à Raymond Abellio, il n’a pas rencontré la « femme ultime » qu’il recherchait sur cette terre. Celle-ci a pu s’incarner de façon éphémère en la personne de Sunsiaré de Larcône, écrivain fantasque et par ailleurs mannequin, morte à 27 ans dans un accident de la route (en 1962 aux côtés du romancier Roger Nimier). Elle se déclarait son disciple. D’autres, toujours très belles, l’ont précédé ou lui ont succédé sans toutefois atteindre ce statut ultime. Dans La fosse de Babel, il écrivait que « l’amour et l’écriture sont les seules activités originelles et ultimes ». La tombe qu’il occupe contient une place vide réservée à sa « Dame », on peut en effet l’écrire ainsi, Abellio n’est-il pas le moderne avatar des Troubadours de langue d’Oc ?

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Jean.jpg  Jean Parvulesco est un romancier étrange à la fois proche et éloigné d’Abellio qu’il a beaucoup fréquenté. Proche par son goût pour la grande politique. Le thème du « Grand Empire Eurasiatique de la Fin » revient de façon presque obsessionnelle dans son œuvre que l’on peut sans peine qualifier de « poétique », il est d’ailleurs l’auteur d’un recueil de poèmes intitulé Traité de la chasse au faucon écrit en 1984, un de ses premiers livres, qu’il a écrit à plus de cinquante ans et qui contient en germe le style et le contenu de ses futurs romans.
   Son œuvre abondante a subi l’influence de l’école de pensée dite Traditionnelle et de ses principaux auteurs : René Guénon et surtout Julius Evola qu’il a côtoyé dans les années soixante.
   Toutefois l’usage que fait Parvulesco de l’expression « non-être » pour désigner les forces du chaos, montre qu’il maîtrise peu la métaphysique et qu’il penche parfois, comme Abellio, vers un certain dualisme. On peut nuancer ce propos en supposant que ce « non-être » est simplement l’opposé de cet « être », défini par le philosophe allemand Martin Heidegger qu’il a quelque peu également rencontré. Il déclare d’ailleurs que la littérature grand-européenne est « sommée de se tourner à nouveau vers l’être comme lors de ses origines antérieures, polaires et hyperboréennes ». Avec Evola, auteur de La révolte contre le monde moderne et de La métaphysique du sexe, il partage l’affirmation de nécessité d’une lutte totale contre les forces de subversion contre-initiatiques (« le non-être ») et le goût pour un certain tantrisme… mâtiné chez Jean Parvulesco d’un catholicisme marial très étrange, la femme chez lui, joue aussi un rôle primordial. L’adjectif « polaire » revient également très souvent dans son œuvre pour désigner non seulement les Fraternités de ce nom qui se développèrent dans l’Europe d’avant-guerre et auxquelles il attache beaucoup d’importance, mais également l’origine Hyperboréenne du présent cycle d’humanité qu’il voit se terminer bientôt par le renversement des pôles ( il est donc en cela proche de René Guénon l’ésotériste et éloigné d’Abellio le néo-gnostique « optimiste » grâce à son histoire sphérique sans cesse rebondissante).
   Il prône un rassemblement des peuples à l’intérieur de ce Grand Empire Eurasiatique de la Fin centré autour d’une Russie de Poutine géographiquement et spirituellement «  polaire » ( Vladimir Poutine et l’Eurasie, 2005 ). Parvulesco est ainsi proche du théoricien moderne de l’Eurasisme : Alexandre Douguine, autre disciple d’Evola, âgé d’une quarantaine d’années [3] et « conseiller » du Kremlin.
   Même s’ils font référence à Parvulesco, il ne faut pas à mon avis confondre ses objectifs avec ceux de L’Athenaeum, revue internationale russe qui rassemble (à première vue, sur la toile) des membres de l’extrême droite européenne. Pour être un peu plus complet, je signale aux curieux l’existence de Jean-Claude Albert-Weil, romancier, auteur d’une uchronie en trois volumes intitulée Altermonde qui présente une image bizarre d’une Europe contemporaine, l’Allemagne nazie ayant gagné la deuxième guerre mondiale, je n’en dirai pas plus, le style de celui qui a été présenté comme un nouveau Louis Ferdinand Céline ne me plait guère et le livre m’est rapidement tombé des mains [4].
   Au début des années soixante, Jean Parvulesco fut proche de l’OAS [ Organisation Armée Secrète : groupe terroriste, opposé a l’abandon de l’Algérie par la France et donc très anti-gaulliste ] (cela peut sembler curieux de la part de quelqu'un qui se réclame à présent du « Grand gaullisme »… mais le Grand gaullisme dépasse largement par le haut son incarnation politique ) et… du cinéma de la nouvelle vague : dans À bout de souffle, l’actrice Jean Seaberg va interviewer un « professeur Parvulesco » arrivé à Orly et interprété par Jean Pierre Melville. Plus récemment, en 1996, il a fait une apparition courte, tronquée et pour le moins curieuse, dans L’arbre, le maire et la médiathèque, film d’Éric Rohmer qui, sans lui, pourrait passer pour une fable politique écologiste mais finit par rendre un ton étrange. Le dernier film de Rohmer, Les amours d'Astrée et de Céladon (2007), est inspiré par L’Astrée  d’Honoré d’Urfé).
   Classer politiquement cet auteur est difficile, originaire de Roumanie dont il a fui le régime communiste, il est au fond spirituellement un héritier du Mouvement Légionnaire, sorte de fascisme spirituel né dans ce pays pendant l’entre-deux-guerres et écrasé dans le sang par le général Antonescu, allié d’Hitler. Les « légionnaires de l’Archange Michel » ont accepté le martyr, certains de pouvoir continuer de combattre, et plus efficacement, « de l’autre coté ». Dans Le soleil rouge de Raymond Abellio, Jean Parvulesco écrit : « depuis 1945, il n’y a plus et ne saurait y avoir encore une culture européenne dans le sens le plus grand, dans le sens tragique, dans le sens immédiatement agonique du terme ». Il ajoute « dans le champ de l’Esprit, qui est avant tout le champ d’une unité active, il ne se peut pas qu’il y ait d’interruption ». Selon Parvulesco, l’Europe allemande ne pouvait que faillir comme l’Europe française de Napoléon, l’Europe ne peut être qu’européenne, c’est ce qu’il nomme, avec des majuscules « le Grand Empire Eurasiatique de la Fin ». La victoire de cet empire futur tire son essence de l’échec de la tentative allemande des années quarante, il doit se nourrir de cette défaite, et de la déchéance européenne qui a suivi, pour pouvoir être.
   Assurément les héros de ses romans ont un pied dans ce monde et un dans l’autre, on y ressent une impression constante de rêve éveillé. Pour lui, les actions humaines sont le reflet de forces ou d’esprits engagés dans des combats cosmiques inouïs ; et parfois la présence de H.P. Lovecraft se fait sentir de façon explicite ( Les mystères de la villa Atlantis,1990 ). Dans ses différents recueils d’articles critiques : La spirale prophétique et Le retour des grands temps, il fait fréquemment allusion à des auteurs assez récemment redécouverts en France tels Dennis Weathley et Talbot Mundy dont il prise particulièrement Il était une porte. « Les miroirs sont des portes à travers lesquelles la mort vient et va », écrivait Jean Cocteau, la notion de porte ouvrant vers une autre réalité est omniprésente dans l’œuvre de Jean Parvulesco, et si des personnages historiques apparaissent, deci delà tels les anciens présidents Giscard d’Estaing ou Mitterrand, il ne s’agit pas de ceux que nous connûmes mais de leurs doubles, évoluant dans un entre-deux mondes. Dans Rendez-vous au manoir du Lac, le narrateur évolue dans un lieu étrange ou s’entrouvre une porte qui donne vers le ciel et, surtout, vers la planète Vénus où, d’après l’auteur, doivent transiter certains élus, idée reprise dans En attendant la jonction de Vénus, la porte des étoiles étant dans ce dernier « récit » directement lié à la construction mitterrandienne nommée : axe majeur de Cergy-Pontoise. Dans ce domaine, il est évident que Jean Parvulesco se devait de faire allusion à la nouvelle de son compatriote Mircea Eliade, exilé roumain comme lui, et intitulée « Le secret du docteur Honigberger » rééditée en France de façon finalement relativement confidentielle en 1980 aux éditions Stock (et masquée encore par le titre général du recueil Minuit à Serampore ). Cette nouvelle est du plus haut intérêt … Bien que la méthode décrite pour rejoindre l’Agartha ne soit pas celle que préfère Jean Parvulesco : l’ « Incendium Amoris », la voie tantrique. Dans son dernier roman, il écrit : « Dans un certain sens, la publication du « Secret du Dr Honigberger » reste l’initiative la plus dangereuse et la plus efficacement avancée que l’on ait essayé de mener à bout, en Europe, ces deux derniers siècles, pour l’instruction ouverte du problème du voyage spirituel, dans l’invisible, vers l’endroit transcendantal de l’Inde du Nord. ». Il ajoute évidemment que cette mystérieuse « Inde du Nord » ne correspond pas à l’Inde du Nord géographique. Comme l’écrit André Murcie dans une remarquable critique du dernier roman de notre auteur :  « l’envers de notre monde ne saurait être que la voûte étoilée du ciel ».
   Le mot « conspiration » revient fréquemment dans son œuvre, cela serait une erreur de croire qu’il s’agit de l’action d’un groupe de conjurés comme ordinairement les imagine les conspirationnistes. À ce sujet nos lecteurs auraient grand intérêt à voir le film de Georges Lautner (1977) intitulé Mort d’un pourri avec Alain Delon, film qui donne à mon avis une image convaincante du complot, celui-ci se réduisant à l’union d’intérêts particuliers sur plusieurs niveaux et pour un temps limité, union traversée de conflits internes concourant à un but qui, une fois atteint, est suivi de la dissolution de l'insaisissable conspiration. Les conspirations parvulesciennes n’apparaissent pas clairement comme chez Abellio, mais de façon obscure, comme à travers une vitre sans tain. Il s’agit pour le narrateur, voire pour lui et quelques comparses, qu’il nomme « les nôtres », de lutter contre les menées subversives de ce qu’il nomme le « non-être », quitte à parfois succomber à ses manœuvres. Comme dans un rêve, rien n’est vraiment clair, il n’y a ni vainqueur ni vaincu, seulement les forces de la contre-initiation, qui avancent toujours plus leurs pions, contenues tant bien que mal. Quoi de plus normal dans son optique puisque, juste avant la Fin de ce cycle d’Humanité, lorsqu’il apparaîtra pour le camp de Jean Parvulesco que tout semblera perdu, sa victoire sera plus que jamais proche. Tout ce beau monde joue finalement une pièce de théâtre dont tout le monde connaît la fin... ne pas la connaître est s’illusionner, et qui s’illusionne n’est pas du côté de la Vérité…
   Jean Parvulesco a fait la critique d’un étrange roman paru dans les années 80, La boucane contre l’Ordre Noir ou le renversement, signé par un énigmatique révérend-père Martin, déjà auteur d’un Livre des Compagnons secrets sous titré « l’enseignement secret du Général de Gaulle ». Ce roman a quelques points communs avec un volume de la tétralogie de Robert Chotard parue dans les années 60 : Le grand test secret de Jules Verne, livre fou qui évoque lui aussi certaines régions « réservées » du Canada. La boucane… traitait entre autre d’une conspiration visant à modifier le climat mondial, à partir de bases situées au Canada, les menées du sinistre Ordre noir dans cette région ayant pour but le renversement des pôles terrestres ( thème utilisé dans le roman Sens dessus dessous de Jules Verne). Jean Robin s’est également intéressé à cet ouvrage dans Les sociétés secrètes au rendez-vous de l’Apocalypse en soulignant, en bon métaphysicien, que les menées en apparence opposées de « La boucane »  ( le bon traditionaliste ) et celles de « l’Ordre noir »  ( continuation plus ou moins exacte de la SS ) concouraient, en fin de compte, au même but final, la défaite de la Bête... On ne s’en étonnera pas, tout cela n’est pas nouveau, la métaphysique de toute guerre est déjà décrite dans la Bhagavad-Gita. Sachant toutefois que s’ « il faut que le scandale arrive, malheur à celui par qui le scandale arrive », rien n’est neutre.
   Le rôle curieusement  hors norme  que Jean Parvulesco assigne au général de Gaulle ( il est l’auteur de Géopolitique du Grand Gaullisme ) est déjà celui que Dominique de Roux, auteur de L’écriture de Charles de Gaulle [5], lui attribuait et qui laissa à l’époque l’Elysée si interdit que De Gaulle ne répondit pas ( fait rare ) à l’envoi du livre… aucun doute que le général évoqué n’était pas tout à fait celui que le monde connaissait. Ces auteurs, pourtant, au moment de la guerre d’Algérie, s’étaient opposés à la politique du Général. D’après Jean Parvulesco, Raymond Abellio aurait participé à la formation dogmatique des cadres de l’OAS en Espagne une fois leur cause perdue. C’est toujours la force occulte dégagée par les causes perdues qui peut expliquer aussi la récupération occultiste du nazisme, après-guerre. René Guénon aurait parlé de la récupération des « écorces » d’une religion ou idéologie morte… Aussi Parvulesco n’a pas vraiment sa place dans le livre de M. Joscelyn Godwin intitulé Arktos, le mythe du pôle dans les sciences, le symbolisme et l’idéologie nazie, la récupération de cette idéologie morte n’a pas plus à voir avec le mouvement politique des années 30 que les résultats de la nécromancie n’ont à voir avec la personne évoquée lorsqu’elle était vivante. Du reste, s’attacher à la recherche des accointances politiques de tel ou tel auteur est une perte de temps, le réductionnisme ( réduire un tout à une seule des ses composantes ) est la pire des méthodes d’analyse mais la plus pratique évidemment.
   Il gravite autour de Jean Parvulesco un certain nombre d’écrivains qu’il nomme « les nôtres » dans ses romans et dans lesquels ils sont présentés comme des activistes engagés dans une lutte sans merci contre les forces du chaos. Parfois les noms sont masqués, parfois et plus rarement un nom est cité. Un article récemment paru sur Internet indiquait que les « phalanges parvulesquiennes» s’étaient réduites ces dernières années, par lassitude et découragement face à l’ampleur de la tâche et du combat et le peu de résultats obtenus. D’autres toutefois sont arrivés et le groupe le plus visible semble être celui formé autour de la revue et du site « Contrelittérature » [6] mais aussi des membres de la mouvance dite « Nouvelle Droite ». On citera en vrac : Michel Marmin, Alain Santacreu, Luc-Olivier d’Algange, Bruno Dietsch, Christopher Gérard, Jean-Pierre Deloux… sans oublier la figure exemplaire du monarchiste et guénonien Henry Montaigu, aujourd’hui décédé. Les revues Contrelittérature et Éléments sont à peu près seules à avoir consacré ces dernières années des articles et dossiers substantiels à Abellio, Parvulesco ou de Roux.
   Le roman de Parvulesco est le roman de l’ « éternel présent », c’est en cela qu’il est le roman du « neuvième jour », le roman du jour de l’homme « réalisé » et qui, par là même, a échappé au Temps, comme dans les romans de Gustav Meyrink qu’il prise tant. De même que la Bible chère à Abellio doit se lire à trois niveaux : littéral, allégorique et symbolique, les romans de nos auteurs aussi, par exemple le personnage de Marie, héroïne du dernier roman de Jean Parvulesco Dans la forêt de Fontainebleau, apparaît au narrateur successivement sous trois formes, trois personnages féminins, les trois Maries, de la plus prosaïque à la plus éthérée ( On notera que juste avant sa mort, Dominique de Roux s’intéressait vivement aux « trois Maries », écrivaines portugaises sous le coup d’un procès à la suite de la publication d’un ouvrage ). L’action « présente » de ce roman est riche à la fois du passé qui le pénètre ( arrivée en plein XXIe siècle de Marie-Antoinette et du Dauphin destiné à régner, c’est le futur « Grand Monarque » ) et du futur qui l’imprègne. En effet, Jean Parvulesco a publié avec Dans la forêt de Fontainebleau le dernier roman de ce qu'il considère comme son « cycle arthurien » avant ses pénultièmes et antépénultièmes romans qui restent à paraître dans l’année et… plus tard !
   Hormis cette « arrivée » royale déjà annoncée dans un précédent ouvrage, il n’y a à proprement parler aucune « intrigue », aucun de ces fameux scénarios que les auteurs actuels cherchent avant tout à mettre en place, le but indépassable de leur littérature étant la sacro-sainte adaptation cinématographique, tant qu'à faire hollywoodienne. Vous conviendrez que tous les thrillers « ésotériques », très à la mode actuellement, sonnent faux lorsqu’il s’agit de décrire une expérience psychique ou spirituelle. Voyez le résultat ridicule obtenu par le sataniste lecteur de la Neuvième porte dans le film éponyme de Polanski. Souvenez-vous de la fin lamentable du plus célèbre d’entre ces romans, Le pendule de Foucault d’Umberto Eco qui ne savait visiblement pas comment finir son livre. Le fameux Da Vinci Code échappe à la catégorie puisqu’il se présente comme un « docu-fiction » simple interprétation outrée de faits historiques soi-disant réels. Il s’agit de romans d’un genre décadent, les méthodes du roman psychologique issu du XIXe siècle ne convenant pas à inspirer une vision de l’indicible, tâche difficile à laquelle s’est attelé Lovecraft, dans le domaine fantastique, qui est l'un des inspirateurs de Parvulesco. Ce dernier, grâce aux influences conjointes d’Abellio et de Dominique de Roux, est allé infiniment plus haut et plus loin.

***

Dominique-de-Roux-photo-horizontale.jpgDominique de Roux (1935-1977) est un grand inspirateur/inspiré de ce que nos auteurs ci-dessus ont nommé le « roman de la Fin ». Issu d’une grande famille aristocratique et royaliste du Sud-ouest de la France, il fut  éditeur, organisateur de revues : les fameux Cahiers de l’Herne, les Dossiers H et Exil ( on remarquera que sur la couverture de la revue, de chaque coté du « H » hermétique, « exil » est en miroir. On pourra aussi noter les contributions de l’ésotériste Julius Evola et de Jean Parvulesco ). Exil, qualifiée de revue qui permet d’organiser « la résistance du plus grand nombre d’écrivains non marqués par l’époque », cette revue paraît alors que de Roux s’est exilé du milieu littéraire parisien, exil que l’on ne doit pas manquer de comparer à celui du général De Gaulle en 1940.

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   De Roux est également romancier, etc. Il est difficile à cerner… Est-il un homme d’action ? un agent officieux de politique internationale ? Aristocrate bien sûr, mais aussi révolutionnaire et provocateur, ne considérait-il pas que le seul métier qui valait d’être exercé était celui de terroriste ? Abellio apparaîtra dans un de ses romans La jeune fille au ballon rouge sous l’aspect d’un terroriste trotskyste : Radek… En ce qui concerne l’activité littéraire qui nous intéresse, il a bien entendu été en contact étroit avec Raymond Abellio qui a préfacé son roman Le cinquième Empire. Il avait lui aussi un goût prononcé pour les vaincus littéraires de la seconde guerre mondiale. Provocateur-né il signera un texte intitulé Moi, Dominique de Roux, déjà pendu à Nuremberg… et il contribuera à réhabiliter deux maudits : Louis Ferdinand Céline et Ezra Pound, deux « impardonnables ». Il écrit que les écrivains « doivent se perdre, la réussite tend à avilir », on retrouve chez lui les théories évoquées ci-dessus concernant une certaine « récupération » des combats perdus. Après la mort de Dominique de Roux, un des prestigieux Cahiers de l’Herne a été consacré à Abellio, en 1979. Quant à Jean Parvulesco, il a commencé sa carrière littéraire en écrivant dans la revue Exil. Le style de Dominique de Roux est elliptique, parfois obscur, mais d’un grand pouvoir évocateur.
   Grand romantique à la Chateaubriand, à la fin de sa courte vie, Dominique de Roux a fait en 1974 ce qu’un sociologue pourrait nommer une « observation participative » de la révolution portugaise, dite révolution « des œillets », ainsi que de la révolte de ses colonies : Angola, Guinée-Bissau, Mozambique. Grand voyageur, toujours en exil, toujours à la recherche d’un « ailleurs » il avait trouvé là un point de fixation chargé de symboles. Plusieurs observateurs se rejoignent pour décrire le côté tout à fait « irréel » et étrange de cette révolution pacifique portugaise. Nul ne pouvait mieux décrire cela que De Roux dans Le cinquième Empire, il découvre que « l’histoire repose sur les décisions et les migraines d’une centaine d’individus moyens, idiots, qui peuvent imposer leurs idées, lubies, tocades, gadgets, hold-up, après des conversations de trois minutes »; poète, il tente l’impensable, par jeu et réussit. Il invitera au Portugal Raymond Abellio qui fera une conférence sur la Structure absolue. Le poète peut tout, il l’a montré, en participant de façon étonnamment naturelle à la guérilla que le Portugal menait en Angola, la lecture de la récente biographie qui lui a été consacrée récemment ne peut décrire de façon claire l’engagement fou de Dominique de Roux dans ce pays où, de façon grossièrement logique, il n’aurait rien eu à faire. Cette participation baigne dans une ambiance qu’a très bien su décrire Jean Parvulesco dans ses romans. Et l’aventure de Dominique de Roux peut être dite une incursion de l’autre monde dans celui-ci, il fut naturellement un héros de roman d’Abellio. Le titre Le cinquième Empire est une allusion au mythe sébastianiste populaire au Portugal. Il s’agit du thème européen du roi perdu. Comme le roi Arthur, l’ancien roi portugais Dom Sébastien doit un jour revenir pour diriger à nouveau son peuple vers un destin fabuleux et pas forcément terrestre : le poète portugais Fernando Pessoa écrivait « nous avons déjà conquis la mer, il ne nous reste à conquérir le ciel en laissant la terre à d’autres » ; dans son recueil Le message il en appelle à la création d’un impérialisme « androgyne », il faut préciser que Pessoa était astrologue, ce qui lui a permis de rencontrer le mage anglais Aleister Crowley et qu’il était un bon connaisseur en matière d’Hermétisme. Dominique de Roux est également le créateur d’une « Internationale gaulliste », dont on ne sait trop si elle relève du canular… en tous cas, la seule Internationale « qui tienne », selon lui. Le gaullisme consistait d’après de Roux à avoir l’intelligence stratégique de ce qui doit arriver. En lutte contre le marxisme, il a fait, sous la forme du petit livre rouge de Mao, en 1967, un recueil de sentences de Charles de Gaulle qui parurent très suspectes à l’Élysée… allusion explicite à Mao, il écrit que le « gaullisme » est « la Longue Marche du retour de l’Occident à son propre être, au-delà du déclin » ( idée et termes que reprendra à son propre compte Jean Parvulesco ) [7]. Son gaullisme, comme celui de Parvulesco, transcendait largement la réalité du RPF, le parti gaulliste, il parlait d’ailleurs d’un nécessaire « après gaullisme » ! De Roux, par ailleurs, n’est pas sans ressemblance avec André Malraux. Il aurait été en liaison avec les services secrets français et sa mort à 42 ans a paru suspecte à plus d’un alors qu’il était pourtant atteint, de façon héréditaire, d’une grave maladie cardiaque.
   Avec le Portugal, Dominique de Roux avait trouvé son pays de rêve, le seul peut-être où l’existence apparaît comme un « exil de l’être ». Jean Parvulesco, lui, trente ans plus tard, tourne ses regards vers la Russie de Poutine. Dans sa préface au Cinquième Empire, Raymond Abellio avait déjà prévu la chose : « ceux qui attachent un sens profond aux coïncidences de dates ne peuvent qu’être frappés par le fait que le dernier message de Fatima fut délivré en octobre 1917, juste au moment où commençait la révolution bolchevique. Quel lien subtil l’histoire invisible voulait-elle ainsi établir entre les deux extrémités de l’Europe ? ». De nos jours le meilleur du mouvement martiniste a pris pied au Portugal. Le mouvement est apparu au grand jour avec la parution, en 1998, du numéro spécial de la revue L’Originel, « L’âme du Portugal », consacré au Portugal, au sébastianisme et à Pessoa. Cette revue a permis à beaucoup de découvrir l’hermétiste Lima de Freitas, que Dominique de Roux connaissait, auteur de 515, le lieu du miroir, ouvrage fondamental. Pendant ce temps, Jean Parvulesco, dont l’imaginaire est hanté par la figure synarchique d’Alexandre Saint-Yves d’Alveydre balise vers l’Orient les destinées du « Grand Empire Eurasiatique de la Fin » qui est en marche…

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[1] Ces éditeurs « confidentiels » n’en sont tous que plus courageux et respectables et la typographie de leurs ouvrages est souvent bien meilleure que les livres jonchés de coquilles publiés par Trédaniel. On a plaisir à citer les éditions Alexandre d’André Murcie, Arma Artis de Jean-Marc Tapié de Céleyran ; E-Dite de Jean-Christophe Pichon ; DVX de Guil­laume Bo­rel. On saluera plus particulièrement la haute tenue éditoriale des éditions Alexipharmaque, créées en 2006 par Arnaud Bordes. Cf. Jean Parvulesco chez Alexipharmaque (AS)

[2] Cette appréciation n’engage que l’auteur (AS).

[3] Douguine est né en 1962 et a donc aujourd’hui 54 ans.

[4] Encore une fois cette appréciation n’engage que l’auteur ; d’autre part, on ne voit pas très bien le lien entre Jean-Claude Albert-Weil et Jean Parvulesco (AS).

[5] Il se pourrait bien que, pour écrire son livre, Jean Parvulesco ait prêté la main à Dominique de Roux. Ce qui expliquerait que De Gaulle n’ait pas répondu à De Roux, puisqu’il savait que ce livre n’avait pas été écrit par lui.

[6] La collaboration de Jean Parvulesco à la revue Contrelittérature s’est interrompue avec le n° 8 (hiver 2002). Il ne me redonna un article que quatre ans plus tard, dans le numéro 18 (automne 2006), intitulé « Sur le dernier roman de Jean-Marc Tisserant » (dans lequel il me demanda avec insistance d'intégrer une "photographie" particulière que j'allai moi-même prendre à l'endroit qu'il m'avait indiqué). Je me souviens qu’un jour Jean Parvulesco, comme nous parlions de Dominique de Roux, me déclara qu’il avait été un de ses « grands manipulés ». J’eus le tort d'interpréter cette expression dans un sens trop négatif, uniquement « psychologique », et je n’eus alors de cesse de m’éloigner de lui. Nous continuâmes cependant à nous voir assez régulièrement et la revue lui consacra quelques recensions, notamment sous la plume de Christian Rangdreul. Toutefois, comme je considère, au contraire de Stéphane Chalandon, que Jean Parvulesco avait bien une vision  « sphérique » de l'histoire, je dois reconnaître aujourd'hui que, malgré ma volonté d’émancipation « linéaire », la contrelittérature tout compte fait lui doit tout. Cependant, je tiens à préciser que ma lecture de l'oeuvre de Jean Parvulesco, comme de l'oeuvre de René Guénon, reste résolument « anarchiste » (AS).

 

[7] Voir ma note 5.