Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

lundi, 05 juillet 2010

La musique intérieure d'Éric Pénicaud

 
eric pénicaud.jpg
 
Éric Pénicaud
Guitare du XXIème siècle
Quantum, 2010

 

 

Eric Pénicaud a très tôt vécu ce paradoxe : devenir un classique avant d’avoir touché le grand public. Un classique vivant de la guitare classique. Situation qui dure encore – et qu’a renforcée son refus de se prostituer à quelque exigence commerciale ou médiatique. Son dernier disque est l’occasion de lui rendre justice.

L’œuvre d’Eric Pénicaud est une œuvre de maturité – même si ses fondements sont posés très tôt. Une maturité âpre et douce à la fois, et il faut sans doute avoir vécu pour en saisir et la singulière étrangeté et l’essentielle simplicité. La musique d’Eric Pénicaud est une révélation – c’est-à-dire un mystère. Voie de dépouillement, d’ascèse, aux profondes résonances spirituelles, du Japon bouddhique à l’Occident apophatique, via negativa, du nuage d’inconnaissance à la réminiscence christique. « Derviches tourneurs », « Tsunami », « Jubilatio pour violon-guitare », « Parabole créole »…   D’Hokusai à Maître Eckhart, des îles perdues aux mers familières, ce voyage intérieur nous rend aux rivages de la jeunesse enfuie, aux secrets du jardin enfoui – jusqu'à ce point ou naît la prière. L’histoire d’une âme, en quelque sorte, d’une conversion, d’un grand retour.

Mais que l’on ne s’y trompe pas : nul exotisme, nul ésotérisme dans cette musique à la fois exigeante et accessible – parce que directe, transparente. Interprétées par les plus grands guitaristes (dont Pénicaud lui-même), ses compositions dessinent dans une tension vers le silence les contours d’une présence. Il se dégage une grande pureté de cette œuvre-quête, de cette œuvre-vie, ou se marient dans une profonde fécondité la musique et la mystique. Souhaitons à chacun la grâce de l’écouter – et de l’entendre.

 

Falk van Gaver