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mercredi, 14 novembre 2012

Le Cœur émeraude de Roberto Mangú

Étude pour la revue Contrelittérature par Roberto Mangú (2010)
 
 
   D'emblée notre regard est frappé par le forme dissymétrique du Cœur vivant. Notre oeil saisit l'inversion de la perspective : la couche du sang qui l'entoure apparaît comme le peau du Cœur. Le contenu est devenu le contenant : le contenu est ce vert émeraude qui évoque le vase du Saint Graal.
   Devant cette peinture, nous n'assistons pas à la transfixion ; nous ne voyons pas le jaillissement du sang à l'eau mêlé, car ce signe se situe dans l'histoire et nous sommes ici dans l'éternité. Ici, puisque le sang apparaît comme l'épiderme extérieur de Cœur, nous sommes et nous ne sommes pas de ce monde.
   Par un effet optique, si l'on observe bien, le sang n'est pas vraiment en aplat du Cœur mais sur une autre surface, un autre plan légèrement décalé : en bas s'étend le monde. Le tableau de Mangú nous montre l'éclipse entre le Cœur et le monde, cet anneau de sang est celui des grandes Noces mystiques.
   Si toute apocalypse est un dévoilement qui produit au-dehors ce qui était enfoui au-dedans, il nous faut considérer cette éclipse comme une contre-apocalypse qui revoile vers le dedans ce qui s'est historiquement produit au-dehors. La Vérité ne peut se révéler que si elle a été voilée, tel est le revoilement opéré par Mangú.
   Ce Cœur-athanor où l'âme humaine se transverbère dans les profondeurs viscérales, vertes entrailles aimantes, mendiant médiant entre le Non-Être et l'Être, dévoile, entre les eaux célestielles et celles terrestres, entre ces deux bleus tragiques, l'événement de la Passion à l'intérieur de l'intériorité la plus secrète ; et le cercle de sang qui en scelle le mystère nous oblige à regarder d'un regard converti le mystère du retournement de ce Cœur émeraude, matrice graalique où, dans la ténèbre divine, naît l'homme nouveau. Mystère de la transfixion, alpha et oméga de la souffrance du Fils de l'Homme vécue par le Dieu d'Amour : « Mon coeur est devenu comme la cire qui fond dans mes entrailles. » (Ps 21)
 

(Alain Santacreu, dans Du religieux dans l'art, L'Harmattan, 2012, p. 9)