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Le Soleil de Gaza (1)

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Les eaux de Mériba

 

   En ce jour de Noël 2023, je pose cette simple question aux sionistes religieux qui prétendent justifier les abominations de Gaza : pourquoi Yahvé n’a-t-il pas autorisé Moïse à entrer dans cette Terre d’Israël, si elle était promise au peuple juif ?

   Reportons-nous au récit concernant les eaux de Mériba, ce nom de lieu qui signifie les eaux de la Querelle (Nombres 20, 1-13). Nous sommes dans le désert de Tsin. Il y a près de 40 ans que le peuple hébreu est sorti d’Égypte, mais toujours le désert à perte de vue. Le peuple a soif et se plaint à Moïse : « Pourquoi nous as-tu conduits dans ce désert pour y mourir, nous et nos troupeaux ? Pourquoi nous as-tu menés dans cet endroit terrifiant ? Moïse s’adresse à Yahvé qui lui ordonne : « Prends un bâton et rassemble le peuple. Tu parleras à ce rocher et, devant leurs yeux, il donnera de l’eau. »

   Quand ils sont tous rassemblés devant le rocher, Moïse interpelle son peuple : « Écoutez, hommes rebelles ! Ferons-nous jaillir de l’eau pour vous de ce rocher ? » Il frappe alors à deux reprises le rocher avec son bâton : l’eau jaillit et les hommes et les bêtes s’abreuvent à la source. Pourtant Yahvé condamne Moïse à ne pas entrer en Terre promise.  

   A-t-il fauté dans son attitude ? Ce châtiment énigmatique a provoqué de nombreuses exégèses. Rachi (Rabbi Chlomo Its’haki, 1040-1105) souligne que Yahvé avait ordonné à Moïse de parler au rocher et que Moïse le frappa. Pourquoi un châtiment si fort pour un péché si léger ? Frapper un rocher, est-ce un crime ? Oui, ça l’est car c’est l’expression du mal et de la violence technique qui s’exerce par Moïse. L’entrée dans la terre de Canaan aurait dû se dérouler comme la sortie d’Égypte, par des moyens miraculeux et sans l’intervention technique d’un outil, ne serait-ce qu’un bâton, ou d’une armée humaine : faire couler l’eau du rocher uniquement en lui parlant, c’était opérer un miracle par le verbe divin. Yahvé voulait ainsi s’assurer que Moïse n’utiliserait pas la technique pour faire entrer le peuple d’Israël dans la Terre promise. En frappant le rocher, Moïse signifiait qu’il ne pouvait se passer de la violence et de la technicité humaine pour accomplir sa mission et, qu’en conséquence, la conquête de la terre de Canaan aboutirait à la constitution d’un royaume terrestre, un État criminel comme tous ceux des autres nations. Dans le Talmud et dans le Zohar, il est dit qu’Israël a été chassé de sa terre parce qu’il y était entré par la guerre et que ses Temples furent détruits parce qu’ils avaient été construits de mains d’homme (Roch Hachana 30a. Soukka 41a. Zohar I, 28a.)

   Mais il y a aussi une exégèse plus ésotérique de l’épisode des eaux de Mériba. Plusieurs textes du Zohar expliquent que Moïse ne put entrer en Palestine, non parce qu’il était puni mais parce qu’il n’y avait pas pour lui en Canaan de racine sephirotique, d’attache métaphysique. En effet la terre de Canaan était « lunaire » (dixième séphira : Malkout), alors que Moïse était une figure « solaire » (sixième séphira : Tiphereth). C’est pourquoi Josué  dont « la face était comme celle de la lune » fut désigné pour conquérir la Terre promise.

   Voici un de ces textes :

   « Moïse était le soleil et il désirait entrer dans le pays d’Israël. Le Saint-Béni-Soit-Il, lui dit : Moïse, quand la lumière du soleil apparaît, la lumière de la lune disparaît en lui. Étant donné que tu es le soleil, comment la lune et le soleil pourraient-ils se lever ensemble ? La lune n’éclaire que lorsque le soleil se couche. » (Zohar, Chela’h le’ha, 156b).

   Ce texte est primordial car il marque la fin du judaïsme et annonce la conquête de la Palestine par les sionistes. Josué le conquérant succède à Moïse le libérateur. Le soleil se couche sur Israêl et nous entrons dans la nuit de l’histoire. La possession de la Terre promise est le signe d’une chute spirituelle d’Israël (Le passage de Tiphereth à Malkout).

   Sans doute est-ce là pourquoi les descendants des Hébreux ne purent reconnaître la figure solaire du Christ. Le judaïsme solaire, le judaïsme mosaïque, le judaïsme libérateur est celui de l’exil : le judaïsme qui ne possède ni territoire ni État. Le sionisme, c’est le judaïsme lunaire, le judaïsme de Josué, conquérant et possesseur, le judaïsme asservissant, guerrier et nationaliste.

   De même que le soleil ne peut briller en pleine nuit, le judaïsme véridique ne peut éclairer le monde tant qu’existe un État d’Israël. Les Dix Commandements ont été donnés dans le désert, hors de la Palestine. Ils sont manifestement inapplicables dans un État hébreu et surtout le plus important d’entre eux : TU NE TUERAS POINT.

 

Alain Santacreu

25 décembre 2023